26/05/2012

Grand-mère...

Grand- mèreP1040909.JPG

Que fais-tu grand-mère ?
J'apprends la patience et l'ennui,
Le goût de l'instant, la joie de chaque jour,
J'apprends que la tristesse du cœur est nuage,
Et nuage aussi le plaisir…
Que fais-tu grand-mère, assise-là, dehors, toute seule ?
Eh bien, vois-tu, j'apprends.
J'apprends le petit, le minuscule, l'infini,
J'apprends les os qui craquent, le regard qui se détourne.
J'apprends à être transparente.
À regarder au lieu d'être regardée.
J'apprends le goût de l'instant quand mes mains tremblent,
La précipitation du cœur qui bat trop vite.
J'apprends à marcher doucement,
A bouger dans les limites plus étroites qu'avant
Et à y trouver un espace plus vaste que le ciel.
Comment est-ce que tu apprends tout cela, grand-mère ?
J'apprends avec les arbres, et avec les oiseaux.
J'apprends avec les nuages.
J'apprends à rester en place et à vivre dans le silence.
J'apprends à regarder les yeux ouverts et à écouter le vent.
J'apprends la patience et aussi l'ennui:
J'apprends que la tristesse du cœur est un nuage,
Et nuage aussi le plaisir,
J'apprends à passer sans laisser de traces, à perdre sans retenir
Et à recommencer sans me lasser.
J'apprends à me réjouir au début du printemps et à la fin de l'automne,
A voir un arc-en-ciel dans une goutte de pluie
Et une vie entière dans une gouttelette de soleil qui scintille sur une pierre.
J'apprends que les chemins se divisent et se perdent,
Que les regrets sont de petites pierres pointues qui blessent les mains qui les enserrent
Et qu'il est meilleur que nos mains restent ouvertes…
J'apprends mes erreurs, mes chagrins, mes oublis,
Et toutes les joies qui se faufilent, poissons d'argent dans la masse de notre vie.
Grand-mère, je ne comprends pas : pourquoi apprendre tout cela ?
Parce qu'il me faut apprendre à regarder les os de mon visage et les veines de mes mains,
A accepter la douleur de mon corps, le souffle des nuits et le goût précieux de chaque journée.
Par ce qu'avec l'élan de la vague et le long retrait des marées,
J'apprends à voir du bout des doigts et à écouter avec les yeux.
J'apprends qu'il n'est pas de temps perdu ni de temps gagné,
Mais que l'infini est là, dans chaque instant…
Cadeau trop souvent refusé dans le torrent des jours.
J'apprends qu'il faut aimer, que le bonheur des autres est notre propre bonheur,
Que leurs yeux se reflètent dans nos yeux et leurs cœurs dans nos cœurs.
J'apprends à marcher sur des sentiers étroits sans peur,
A regarder les montagnes qui se profitent au loin et que je n'attendrai pas,
J'apprends les milliers de pas qui ont marché avant moi sur ces même sentiers.
J'apprends les vieilles traces et les jeunes nuages.
J'apprends qu'il faut se tenir prêt à partir quand le vent souffre,
Qu'on avance mieux en se donnant la main,
Que même un corps immobile danse quand le cœur est tranquille.
Que la route est sans fin, est pourtant toujours exactement là.

Et avec tout ça, pour finir, qu'apprends-tu grand-mère ?
J'apprends, dit la grand-mère à l'enfant, j'apprends à être vieille.

Auteur anonyme

 

17:10 Écrit par emilie | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Il me semble avoir déja lu ce texte (ou un autre très similaire) et en avoir été très touchée , triste à certains passages, souriant à d'autres, retenant la sagesse de ce paysage, sa sérénité dans le " j'apprends " .

Qu'apprends tu grand mère ? (ou pas grand mère ..mais en âge de l'être, ce qui n'est pas simple en plus .... )

La liste est encore longue ... et chaque jour confronte à un apprentissage nouveau ,
ça aussi cela s'apprend ! Chaque jour ..

Avoir donné et donner ses possibles
pour aimer le mieux, le plus là où l'on se trouve
avoir pu, pouvoir encore accueillir et reconnaître les bonheurs minuscules,
aimer la nature et la rencontrer
sortir de soi
restent des sources permanentes de sérénité ensoleillées ..

Comment apprendre à ceux et celles qui ne reconnaissent pas ces sources , à y accèder ?

Pour un matin encore plein de brume, la réflexion qu'engendre ce texte réveille complètement !!

Belle et riche idée, Emilie, de le publier

Écrit par : brigitte | 14/06/2012

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Je viens de lire un article sur "Ma Grand-Mère"
Ce poème me parle beaucoup.

MA GRAND-MERE,
Une petite vieille un peu courbée,
toujours de noir, toute habillée;
usée par le poids des années,
et de vieilles blessures cicatrisées.
Dans la poche de son tablier,
un vieux chapelet de prières,
de fil de fer rafistolé,
comme pour démontrer sa misère.
Une canne dans son poignet droit,
pour assurer un peu ses pas.
Sur sa tête, un vieux foulard,
pour la présever du froid et du brouillard.
Les cheveux relevés et ramassés en chignon,
et les rides qui marquent son front:
démontrent son âge avancé;
et tout ce qu'elle a enduré.
C'est le portrait de ma grand-mère,
et aujourd'hui je suis très fier;
à elle de pouvoir penser,
et de ne jamais l'oublier.

Merci André Pecquet pour ce beau texte qui reflète tellement ma propre grand-mère.

Merci Lily de nous donner l'occasion de nous exprimer sur de sujets variés et qui nous tiennent à coeur.

Écrit par : Marie-Claire henrard dethier | 14/06/2012

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j'y ai retrouvé ma grand-mère et ma mère dans ce texte et j'en ai tellement été émue car je sais que c'est vrai...
J'apprends à marcher aux rythme des personnes plus âgées, à les écouter raconter doucement leur vie, à caresser ses mains que plus personne ne voit, à leur dire "je t'aime" pour voir briller leurs yeux...
j'apprends et lorsqu'un jour je serai à mon tour grand-mère... j'écrirai ;-)
Merci de ce beau texte en partage

Écrit par : Marie-Do | 14/08/2012

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